L’école à la maison, ce joyeux balagan #confinement #J46 #yom hazikaron

Pour vous la faire courte, j’ai 2 enfants dans 2 écoles que tout oppose. Elles sont géographiquement éloignées l’une de l’autre pour commencer (mais le problème ne se pose plus actuellement). On n’y parle pas la même langue. Leurs méthodes d’enseignement et de limoud (l’étude) sont, comment vous dire, …, aux antipodes l’une de l’autre, et c’est peu dire…

Ma fille de 9 ans est scolarisée depuis peu, très peu (seulement 2 mois avant le confinement) en école française laïque et mixte en classe de CM1 après un parcours un tantinet soit peu laborieux en cursus israélien mamlarti thorani (elle aime et préfère vivre, parler, apprendre en français. 5 ans après avoir tout tenté pour maintenir le cap en hébreu, on a fini par capituler et lui accorder de réaliser son rêve, aller à l’école française). Quant à mon fils de 7 ans, il est en kita beth (CE1) dans une école haredi de garçon. Vous saisissez de loin ce que ça peut donner au quotidien ?! Un joyeux balagan et je reste encore polie.

Alors imaginez ce que ce tableau atypique peut représenter en période de confinement, d’école à la maison. Pour vous dire la vérité, j’ai été, depuis le début de cette aventure coronarienne, dans le feu de l’action. On devait se faire à l’idée, prendre nos marques dans un nouveau quotidien imposé, chercher à transformer les éléments anxiogènes en comédie de la vie, accepter le lâcher prise, cet autre joyeux balagan, tout en essayant de trouver un équilibre avec un semblant de cadre, redéfinir l’espace vital de chacun, le respect mutuel, gérer la colère, l’incompréhension, la tristesse mêlée à une excitation sans bornes, s’improviser à reconsidérer notre mode de vie personnel tout en s’adaptant aux bouleversements intérieurs et extérieurs des autres membres de la maison. Vous êtes saoulés ? Moi aussi, je vous rassure !

J’ai commencé à avoir des sueurs froides lorsque j’ai compris que j’allais m’épuiser à vouloir calquer (« étiqueter » comme dirait mon fils) ma vie d’avant sur la nouvelle. Je me suis trompée d’épreuve. Le sprint ne pouvait être au programme puisqu’on allait devoir subir une endurance marathonienne. A partir de là, tout a un peu basculé dans quelque chose de flou. Chacun pour soi, chacun son rythme, chacun sa route, chacun son chemin (non là je suis lourde, c’est fou les effets de ce confinement, on ne se reconnaît pas parfois) (enfin façon de parler, car avec les enfants il faut bien se soumettre à leur propre cadence).

Bien obligés de renoncer au sentiment de culpabilité qui nous collait auparavant à la peau et de se mettre en ᴍᴏᴅᴇ ᴀᴠɪᴏɴ ….

Vous voyez, là, à l’heure où je vous écris, je n’ai pas encore pris ma douche et pourtant j’en rêve…

Il aura fallu superviser, dès l’après petit-déj, le zoom scolaire de l’une, la téfilah et les devoirs de l’autre (et beh oui, étant en école haredi, le moré (maître) & Rav de mon fils n’a pas internet chez lui, et du coup, il envoie des audios des chiourim chel torah vé michna (cours) et les choureï baït (devoirs) à faire par mail. Autant vous dire qu’on s’improvise un peu, beaucoup, en essayant de maintenir le rythme naturel de l’école. En bref et en clair, on croule sous les devoirs, sans parler de la pression que te met les mères sur le groupe whatsapp de la classe en postant notamment ce matin, une vidéo de leur tsadik de petit garçon en train de lire la Gmara de son père dans un salon-salle à manger nickelle chrome qui ressemble à la maison témoin de vos rêves. Je ne me laisserai pas avoir par cette pseudo-intimidation, vous pensez bien que je suis au-dessus de ça franchement. Je vous ai dit qu’elle avait 8 gosses ? Toujours est-il que je refuse de montrer cette vidéo à mon fils au risque qu’il le prenne mal, lui pour le coup, et m’accable de reproches….passons!).

Après, tu enchaînes avec les devoirs de n°1, la afsaka (pause, récréation) de n°2,…

Sᴛᴏᴘ ! ᴛᴏᴜᴛ ʟᴇ ᴍᴏɴᴅᴇ s’ᴀʀʀᴇ̂ᴛᴇ ᴘᴏᴜʀ sᴇ ʀᴇᴄᴜᴇɪʟʟɪʀ. Lᴀ sᴏɴɴᴇʀɪᴇ ᴘᴏᴜʀ הזיכרון יום Yom Hazikaron retentit ᴅᴀɴs ᴛᴏᴜᴛ ʟᴇ ᴘᴀʏs ᴇɴ sᴏᴜᴠᴇɴɪʀ ᴅᴇs sᴏʟᴅᴀᴛs ᴅᴇ ᴛsᴀʜᴀʟ ᴛᴏᴍʙᴇ́s ᴘᴏᴜʀ ɴᴏᴜs ᴘʀᴏᴛᴇ́ɢᴇʀ. L’ᴇ́ᴍᴏᴛɪᴏɴ ᴇsᴛ ғᴏʀᴛᴇ, ᴍᴇ̂ᴍᴇ ᴄʜᴇᴢ ʟᴇs ᴇɴғᴀɴᴛs.

…l’heure du déj. arrive déjà (personne ne veut manger la même chose, et moi la première). Et rebelote le zoom de n°1 avec mamie Pichel, les tables de cafoul (multiplication) de n°2 sur skype avec mamie Lo (joie ultime de pouvoir déléguer aux grands-parents européens me permettant de ranger, faire la vaisselle…enfin, vous connaissez cette chanson par coeur), la machine de linge qui sonne (mais m…., j’ai pas encore plié le linge déjà étendu et pas tout à fait sec), la petite crise de n°1, une interview qui se cale gentiment dans l’après-midi ….. et j’ai pas encore pris ma douche, et pourtant j’en rêve ….

A J+46, je peux vous dire que je commence à avoir de la bouteille, et que ce scénario est sensiblement le même chaque jour. Mais, je parviens le plus souvent à me laver en fin de journée, et pour tout vous dire, je m’accorde alors un moment Spa, relaxation oblige, la terre peut bien trembler, je resterai sous l’eau chaude.

La semaine dernière, nous étions tous les 3 sur la table de la salle à manger : d’un côté, ma fille et moi en train de faire un contrôle via la plateforme internet de l’école en Connaissance des Arts (matière qui n’existe pas au demeurant en cursus israélien comme Histoire & Géographie d’ailleurs) et de l’autre, mon fils et moi en train de bûcher sur les dafim (feuilles, papiers, devoirs) de torah et michna en hébreu forcément oui, mais sans les nékoudot, ces petites voyelles placées sous les lettres qui permettent de savoir s’il s’agit d’un (a) ou d’un (é) ou même d’une (i) traitre qui n’a pas voulu s’écrire avec son extension youd ou vav. Encore la torah, je peux gérer, mais imaginez-vous la michna, j’ai toujours pas compris le sujet du perek (chapitre), c’est vous dire mon désarroi. Depuis décembre, je voyais bien ses notes et son moral baisser. J’ai été alors contrainte de lui offrir des shiourim pratim (cours particuliers) tous les jours pour l’aider à faire ses devoirs qui me prenaient, sans blaguer, 3h/j. Cela vaut bien un sac ᴄʜᴀɴᴇʟ, je vous le garantis (l’alyah coûte cher je vous le dis). Je revivais enfin, et boom… Corona de m…

Donc, vous me visualisez, là, au milieu des 2 loulous exténués, ʀᴇʟᴏᴜs à souhait, alternant l’hébreu au français, le limoud kadoch (sacré) à l’étude profane ?

Et c’est à ce moment précis, que j’ai eu un bug, un vrai, une absence, une vue d’avion de moi-même (j’en ai de plus en plus en ce moment).

J’ai réalisé, que pendant que j’inculquais à mon fils la torah, j’expliquais à ma fille la différence entre les architectures des Eglises Romane et Gothique.

J’ai eu un léger vertige. Je suis allée m’allonger dans ma chambre, actuellement devenue le bureau de mon mari, son antre, son sacro-saint où personne ne peut rentrer aux heures de travail, soit toute la journée durant jusqu’à tard le soir parfois (vous aussi votre mari bosse plus qu’il ne le faisait au bureau ? Je ne saurais lui reprocher quoi que ce soit, on prie tous pour conserver son travail et sa parnassa.)

J’ai ignoré les gestes qu’il me faisait en signe de déguerpir (marre de me retrancher dans la cuisine dès que je veux souffler un peu), et j’ai dormi.

J’ai dormi pour oublier que ça n’arrive pas qu’aux autres la schizophrénie, pour oublier pourquoi j’ai fait mon alyah et comment, à cet instant précis de ma vie, j’en suis arrivée là, à vivre ce bug des cultures !

Quand je me réveillerai, je relativiserai bien sûr et serai finalement fière de notre bagage familial, notre mixité culturelle. Comment pourrais-je reprocher à ma fille son amour pour la langue française, sa langue maternelle, celle-là même avec laquelle ses parents parlent, lisent, travaillent, étudient… D’autant que sa maman est une amoureuse de la littérature française.

A col le tova, nahon (tout est pour le bien c’est vrai), mais quand même, avouez-le, tout ça est définitivement un joyeux bordel.

Et chez vous, comment ça se passe l’école à la maison ?

Illustration réalisée par la talentueuse Sophie que je suis sur FB et que j’adore @ Les Conseils de Sophie

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