Sadece sen

C’est le genre de film sur lequel tu peux tomber, par hasard, au cours d’une insomnie.

Je ne connais rien à la cinématographie turque je l’avoue. Juste une série que je croyais être une production russe au départ (qui apparemment n’est plus disponible sur Netflix).

Vous connaissez les suggestions Netflix en fonction de votre dernier visionnage. Je venais alors de finir la série historique sur la vie et la fin tragique de la famille impériale des Romanov Les Derniers Tsars de Russie. J’avais d’ailleurs beaucoup aimé l’alternance, bien montée, entre fiction et interviews de spécialistes et historiens.

Du coup, Netflix me proposait une série historique, Kurt Seyit ve Şura, dont le contexte historico-politique était le même, la chute de l’empire russe, et ici servait de postulat narratif à une love story interdite entre une aristocrate russe chrétienne orthodoxe et un éminent lieutenant de l’armée impériale russe, d’obédience musulmane et originaire de Crimée. Je trouvais cela passionnant de découvrir une vision plus large de cette période de l’histoire russe, une façon d’entrevoir l’envers du décor.

Je m’étais alors complètement laissée embarquer par le récit, et ce, malgré une grammaire de l’image pauvre et une mono bande son redondante qui a chaque noeud narratif des dizaines d’épisodes de nombreuses saisons (oui j’ai tout vu) vient rejouer les mêmes notes qui scellent le récit dans une romance historique hantée par la réminiscence du souvenir d’un monde déchu où leur amour s’est cristallisé à jamais. Je ne parlerai pas du jeu des acteurs dont le champ des émotions se limite à sur-jouer la joie, un sentiment amoureux Shakespearien dépourvu de grâce, la colère glorieuse et courageuse des plus nobles et vaillants chevaliers et le désespoir qui paralyse ou engloutit tout sur son passage. Sans ce redoutable trio de notes répétitives qui sonne la vieille série B nauséabonde, on pourrait penser que Kurt Seyit ve Şura s’élève largement au dessus des productions de type Bollywood. Mais, pour cela faudrait-il encore savoir se contenter de la seule première saison. Et je réalise, que non seulement j’ai regardé cette série en entier, mais qu’en plus, j’en parle… C’est qu’elle m’a plu sans savoir vraiment pourquoi…

Imaginez donc mon à priori quand je vis sous le titre SADECE SEN, film turc. Je ne suis pas maso, loin de là (encore que avec ma digression plus haut sur mon expérience avec le cinéma turc, c’est à se demander) je me dis à ce moment-là tardif de la nuit que je me devais d’essayer encore une fois. Et pour un film en solitaire dans la nuit silencieuse et noire, j’ai été éblouie.

Une histoire universelle d’amour empruntée à la littérature des contes sur fond de thriller. Une version moderne et turque de la Belle et la Bête. Le pitch : une Bête, un boxer brisé par son passé obscur en quête de reconstruction personnelle qui rencontre la Belle, jolie, fraîche, innocente, sincère, spontanée et aveugle. On est sensible à la pudeur de la caméra au début qui ose tout juste révéler un sentiment naissant chez la Bête. Peu à peu, l’on est projeté en plein oxymore, celui du monde lumineux de la cécité accidentelle de la Belle à travers ses yeux à lui ; le regard qu’il porte sur elle, intense et pénétrant qui sonde son être ; cette attention qu’il veut lui témoigner et bientôt l’amour qu’il espère partager avec elle. Accord imparfait, résonance évidente, magnétique. Telle une valse, le couple danse et tournoie presque jusqu’au vertige. Partout où se trouve l’obscurité de la cécité, la lumière vient rappeler combien elle peut être pure, poétique dans le regard de l’aveugle qui ressent l’autre et perçoit son être dans son essence. La musique, mélodieuse et narrative, raconte la renaissance de deux êtres qui ouvrent les yeux à nouveau sur une deuxième chance que leur offre la vie. Les silences éloquents témoignent ici de la vérité du visible qui réside dans l’invisible. La progression du film, à la fois lente et rythmée, onirique et juste de réalisme, fait songer aux films du cinéaste japonais Hayao Miyazaki en ce qu’ils portent la dimension poétique de la vérité crue et nue d’un monde qui nous échappe et nous dépasse. Le destin foudroie et se déchaîne. La vie dans son atroce réalité réserve les plus beaux de ses trésors…. SADECE SEN, un film qui donne envie d’aimer avec un autre regard.

SADECE SEN (Bande annonce), réalisé par Hakan Yonat et sorti en 2014. Ibrahim Celikkol dans le rôle du boxer et Belgim Bilgin dans celui de l’aveugle.

2 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s