Taratata

Tout a commencé avec cette sublime photo d’une artiste que je suis sur Instagram #iddavanmunster. Immédiatement, l’image m’a suggéré Scarlett O’Hara dans le mythique film d’Autant en emporte le Vent réalisé par Victor Fleming.

(Une version moderne de ce que pourrait être la robe verte de Scarlett O’Hara) Instagram @iddavanmunster

Scarlett O’Hara aux Douze Chênes

Quelques heures plus tard, je vois défiler sur les réseaux sociaux des articles annonçant la censure du film. La cause ? Ne pas diffuser la condition d’esclave des noirs du XIXe siècle pour combattre le racisme anti-noir actuel.

Alors comment ne pas réagir face à une telle imposture ? C’est comme si les juifs demandaient (et obtenaient gain de cause, encore plus fou) à censurer et retirer des plateformes de streaming La liste de Schindler ou encore Le Pianiste, arguant qu’on ne peut continuer à montrer l’ignominie vécue par leurs aïeux. À bien y réfléchir, il resterait sans doute peu de films à voir. Imaginez l’Italie souhaitant mettre au placard Le Parrain, pour cause de mauvaise réputation des italiens ?

D’autant que, permettez-moi de vouloir mettre les points les « i », le film, Autant en emporte le vent est un récit d’amour, ô combien sublime, sur fond de film historique témoignant de la fin d’un monde obsolète, déchu. Les domaines des Douze Chaînes et de Tara, symboles de la domination du blanc sur le noir, s’effondrent littéralement ne laissant derrière eux que ruines et désolation.

Ici, je souhaite défendre le septième art pour le septième art. Il ne devrait pas être contaminé, ni instrumentalisé par la politique sociale. De voir une telle chose se produire aux US est déjà le signe d’un malaise profond qui inquiète, mais apprendre qu’un célèbre cinéma français, Le Grand Rex, retire le film de l’affiche, c’est l’effondrement de nos valeurs artistiques et démocratiques. L’Occident tomberait-il lui aussi en ruine ?

En voyant cette photo artistique sur Instagram, j’ai eu envie de partager avec vous ma relation intime avec Autant en Emporte Le Vent. Petite, mamie Monette, ma grand-mère paternelle, se plaisait à me racontait qu’elle lisait le livre éponyme de Margaret Mitchell à l’âge de 11 ans. Elle était si passionnée, transportée par sa lecture, qu’elle le lisait même dans les escaliers et sur le chemin de l’école. Elle s’amusait à me dire qu’en Tunisie, à cette époque-là, elle ne risquait pas grand mal à demeurer concentrée dans la rue sur les aventures de Scarlett O’Hara, et ce, malgré les réprimandes de son père. Un jour, elle m’offrit les 2 tomes reliés en cuire vert du roman de son enfance, devenu celui de la mienne.

Petites, ma cousine et moi, (6 mois d’écart qui firent de nous des soeurs, des meilleures amies et ennemies, vous connaissez les enfants) avions une passion commune pour le film Autant en emporte le vent. On le regardait ensemble, séparément, en boucle sans jamais s’en lasser. Même après son départ en Israël (drame de ma vie, du haut de mes 8 ans), nous nous retrouvions l’été dans une villa avec piscine à Césarée à regarder encore et toujours en boucle notre film mythique en II Actes. J’ai cette image de ma tante qui passait dans le salon en s’offusquant de nous voir nous abrutir devant ce film, alors que le soleil brillait dehors. Et c’est à peine si on l’entendait…

À l’origine de cette passion, une femme, une seule, Scarlett O’Hara interprétée par la délicieuse et piquante Vivianne Leigh : une peste odieuse, narcissique et égocentrique. Mais, à 8 ans, on ne voyait que la splendeur de ses robes (combien de robes ? Et toutes aussi belles les unes que les autres !), son audace et sa repartie, son courage héroïque et la passion qu’elle inspire à Rhett Butler (Clark Gable), l’homme digne du grand Amour.

Scarlett et Rhett

Parfois, on se demandait l’une l’autre à qui elle voudrait ressembler plus tard, Scarlett O’Hara ou Mélanie Hamilton ? Ce n’était pas très attrayant pour des petites filles de s’identifier à la chère Mélanie, incarnation même de la bonté, la douceur et l’humilité et finalement la seule véritable amie de Scarlett. On voulait du piquant dans nos vies, pardi ! On voulait du « Taratata » !!!

Aujourd’hui, je me plais à regarder notre film mythique avec ma fille, et je suis surprise de remarquer qu’il n’a pas vieilli. Il est des chefs-d’œuvre comme Autant en emporte le vent et Les Dix Commandements réalisé par Cecil B. DeMille qui ne prennent pas une ride, une seule.

Déjà enfant, Autant en emporte le vent me faisait réfléchir sur la condition des esclaves noirs et l’impact de la guerre de Sécession sur l’unification des États-Unis d’Amérique en un grand pays, symbole de liberté pour tous. (Oui, oui ce sont de grands mots, mais à cet âge, j’y croyais). Je ne comprenais pas pourquoi Mamma restait au service de Scarlett malgré la guerre finie et gagnée. J’imaginais qu’elle ne pouvait aller vers un monde qu’il lui était inconnu. Elle était heureuse et en sécurité auprès de Scarlett qu’elle avait vu grandir. Les changements prennent sans doute du temps à s’opérer.

Scarlett et Mamma

Ce film est à mes yeux un témoignage des vestiges d’un temps révolu. Ma fille ne connaissait pas l’esclavagisme noir avant de découvrir Autant en emporte le vent. Elle s’est rendu compte qu’il y a eu d’autres formes d’esclavages en dehors de celui de peuple hébreu par les Egyptiens. (l’Alyah et la (re)découverte de l’héliocentrisme).

Et de ces mots qui resteront à jamais graver dans ma mémoire :

Je jure devant D., je jure devant D., que je ne me laisserai pas abattre ! J’aurais le dernier mot et lorsque ce cauchemar sera terminé, je jure devant D. que je ne connaitrais jamais plus la faim. Non ! Ni moi-même, ni les miens ! Dussé-je mentir, voler, tricher ou tuer, je jure devant D. que je ne connaitrai jamais plus la faim.

Même si, à bon entendeur, je n’ai retenu ni mensonge, ni vol, ni tout le reste. Mais, cette tirade a toujours sonné à mes oreilles comme le glas de la fragilité féminine et la naissance d’une force qui se révèle en un courage invincible.

Bande Annonce d’Autant en emporte le vent

PS : comme toutes les censures qui font parler d’elles, il n’est pas impossible que le film suscite un nouvel engouement du public …

Et vous alors ? Qu’en dites-vous ?

2 commentaires

  1. Peggy

    Le problème n’est pas tant que le film montre l’esclavage mais que les esclaves y sont montrés comme étant bien traités. Et ils étaient loin de l’être. Les films comme 12 years a slave ou l’esclave libre n’ont pas à craindre la censure, eux.
    Si on doit comparer avec la Shoah, il faudrait imaginer un film qui montre les aventures d’une famille de SS, avec en toile de fond des déportés bien nourris et bien traités et occulter bien sûr la partie chambres à gaz. Un film pareil soulèverait immédiatement les foudres de la communauté juive, et j’espère pas seulement.

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    1. Mél

      Donc Peggy, si je vous suis bien, c’est parce que le film propose une représentation mensongère de l’esclavage qu’il est censuré ?
      Ce n’est pas parce qu’ils étaient dans de belles demeures qu’ils étaient bien traités. Au contraire, le film montre de façon claire et nette que le blanc du Sud méprisait le noir, l’humiliiait, le maltraitait. On les voit dans ce que l’escalage a de plus terrible, présentés comme des sous-hommes, qui valent moins que le blanc. Ce racisme profond et ancré dans la culture des sudistes était banalisé. On voit combien ils s’estimaient être des hommes et des femmes intelligents aux grands coeurs, ne pouvant réaliser et admettre un instant que leur façon de vivre était abjecte. C’est un monde arriéré et cruel qui s’éteint progressivement sous les yeux du spectateur. En cela, il me semble que le film condamne l’esclavage.
      Je m’inquiète dans ce post du poids symboloque de la censure. Pas vous ?

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