La révolte en marche

L’homme au drapeau est devenu le symbole de la révolte sociale qui embrase Jérusalem. (Crédit Photo : Oded Blilty)

Les manifestations se succèdent et s’intensifient. Les israéliens demandent en masse la démission du 1er Ministre Benyamin Natanyaou.

Le pays pleure sur sa misère, tandis qu’à l’étranger, on plébiscite l’innovation made in Israel.

Quand on fait son alyah, on est au début embué par notre amour inconditionnel pour notre terre devenue enfin nôtre. On entend les olim qui ont de la bouteille tenir des propos qui nous choquent, nous bousculent presque.

Au-delà des épreuves liées à l’adaptation (ayez conscience que si vous n’êtes pas richissime, il vous faudra bien accepter l’idée de recommencer de 0, vous réinventer tout du moins), on apprend à voir par delà notre fantasme.

On voudrait avoir raison, on souhaiterait que le pays soit peuplé de Bisounours un peu gueulards et super vaillants sur les bords, mais des Bisounours tout de même.

On aimerait prouver qu’on a fait le meilleur des choix, plutôt que d’admettre qu’on avait pas d’autres alternatives que celle de venir ; que si ce n’est pas nous maintenant, ce serait nos enfants, plus tard ou trop tard.

On essaye de rester apolitique tant en religion qu’en politique. Vous savez combien de sortes d’écoles existe-t-il ici ? Pour moi, l’école publique est laïque. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit politisée de gauche. Je ne pouvais imaginer qu’il existe 3 modèles d’écoles religieuses, et que parmi le modèle Hahedi, il y aurait 10 sortes différentes.

Quand on arrive ici, on a la croyance qu’étant juif, on s’adaptera facilement. Mais on oublie de voir l’évidence. C’est le pays de tous les juifs de la diaspora. Chacun est venu avec sa culture, son bagage historique et social.

Les monopoles sont bien gardés. Et on découvre que le pays a pour ADN le clivage. Tout a une étiquette soigneusement rangée dans un catalogue hermétique. Combien de fois m’a-t-on demandé quelle sorte de juive j’étais. « Bha, je suis juste juive » dois-je insister. Mais, ils n’entendent pas, ce n’est pas une réponse valable. Vous devez vous ranger dans une case. Combien de fois, aux abords des écoles, des enfants m’ont lancé : vous êtes les français (comme les bêtes curieuses de l’école). Pour mes enfants, je ne pouvais pas laisser glisser. J’ai dû répondre avec le sourire qu’on est israéliens originaires de France.

Comme eux, nous venons d’ailleurs. Nous sommes tant occupés à essayer de nous adapter, à chercher à gagner notre vie proprement et correctement, que l’on met du temps à ouvrir les yeux sur la réalité des autres, ceux qui sont là depuis longtemps, ceux qui y sont nés et qui triment presque autant que nous finalement.

Souvent, on se demande comment le déroulement de notre vie nous a conduit ici, à vivre tout ça. Et bizarrement, on ne voudrait pas en changer une virgule. Cela ne s’explique pas. Ce n’est pas rationnel. Et je comprends que depuis l’étranger, on puisse nous juger.

Mais, partout où j’ai vu de l’obscurité, j’ai vu aussi la Lumière. Je ne suis pourtant pas une illuminée. Je reconnais simplement, qu’ici ne ressemble à nulle part ailleurs.

Je conçois qu’il soit plus facile d’accepter Israël avec ses merveilles et ses travers en étant croyant, au mieux pratiquant. Parce que lorsque vous assistez à un petit ou grand miracle, vous pouvez l’accueillir avec toute la bienveillance et l’amour que vous possédez. Et beaucoup d’olim dit traditionnalistes/assimilés ont avancé sur le chemin de la Torah. Vous essayez de comprendre comment et pourquoi tant d’Israéliens haïssent la religion et les religieux, mais demeurent tout autant que les autres attachés à leur terre, et iront un jour sur la tombe d’un tsadik pour prier de toutes leurs forces. Vous acceptez que vous ne pourrez pas comprendre tous les paradoxes de votre pays.

Vous êtes échec et mat. Vous êtes accrocs. Et vous vous accrochez aux rideaux pour pouvoir rester ici.

Un peuple qui a faim, c’est dangereux, très dangereux. Et il a faim depuis longtemps en vérité. La crise sanitaire a fait péter le bouchon.

Il est sûr que personne aujourd’hui ne prévoit ce que l’hiver nous réserve véritablement, tant tout est possible en Israel.

A vous qui souhaitez faire votre alyah maintenant, on vous dira, que si vous vous posez la question, c’est que c’est le moment.
On vous dira aussi, que ça va être difficile. Il ne faut pas mentir.
Mais, on a le droit de vous dire la vérité. Il y a peu de chance que vous regrettiez votre choix en fin de compte.

Vous risquez de devenir une meilleure version de vous-même.

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