Kippur à la maison #5781 #confinement

Comment s’est pas passé votre kippur ?

Le jeûne n’a pas été trop difficile ?

Ce matin, j’ai encore la bouche toute sucrée de la veille au soir.

Ici, tout s’est bien passé, sauf si ce n’est notre entrée dans Kippur. Une fanfare !

A la seconde où j’ai posé les plats sur la table, où ma fille tirait sa chaise pour s’asseoir à ma première annonce, il a fallu que mon fils déboule vers nous en tombant.

Je n’ai rien vu, ou presque. En tout cas, j’ai entendu les hurlements. Ils résonnent encore dans ma tête.
Dans son sanglot strident, il articulait et répétait un seul mot « Hôpital ». 😱

Le mal venait du pied droit. Tout rouge et gonflé sur le dessus. La douleur le lançait si fort qu’il en avait du mal à reprendre son souffle. On pouvait ni toucher pour l’examiner ni approcher un sac de glaçons.

Aucune discussion n’était possible.

On devait s’y résoudre, c’était l’heure du 101.

Des agents du MDA en patrouille montaient en premier pour évaluer la situation.

A priori rien de cassé. 🙏

On essayait de s’entendre. Les pleurs du petit couvraient toute parole intelligible, d’autant que nous jonglions entre l’hébreu et l’anglais.

L’agent était clair : à priori rien de grave donc, mais nous devions faire une radio au plus vite. D’un autre côté, il avouait qu’avec le Corona, ce n’était pas la meilleure période pour aller aux urgences. Mais légalement précisait-il, il devait nous inciter à y aller par mesure de précaution.

L’ambulance arriva à son tour. Notre salon ressemblait à un hall de gare pour invalides. La température montait malgré le masgan en marche.

J’ouvrais la fenêtre du salon, et le chat se retrouva en moins de 2, derrière la rambarde. Il réussit à passer au travers de mon feuillage extra serré à son intention. Jusqu’ici, ça fonctionnait très bien, mais juste ce soir-là, il aura fallu qu’il passe au travers et que j’ai à oeuvrer pour le sauver de lui-même.

Le docteur parvenait à calmer notre fils. Elle recommandait de voir comment la soirée se passerait, disons encore 2 ou 3 heures. Si vraiment la douleur était toujours aussi insupportable, nous n’aurions qu’à rappeler l’ambulance pour aller aux Urgences.

20h sonnait tout juste. Le MDA partait pour une longue soirée de Kippur. « C’est la nuit des accidents de vélo, trotinettes & rollers. C’est pas le meilleur soir pour aller aux urgences » nous confia-t-elle. Elle se permit cette réflexion, car D. a eu plus de peur que de mal. Oui ça faisait très mal, et nous entendions et comprenions sa douleur et sa détresse, mais, nous avions assez de ressources à la maison pour l’aider. Crème, bandage Aquamol et petit sac de glaçons pour couronner le tout.

À 20h donc, le salon était plongé dans un calme sacerdotal. Nous étions épuisés, encore sous le choc de ce tumulte inopiné. Et nous regardions notre table richement garnie avec désœuvrement. Certes, nous n’avions pas faim. Mais nous venions d’entamer le jeûne de Kippur l’estomac vide et la bouche déjà sèche.

Nous enchaînions alors la téfila de Kol Nidré.

Après nous être occupés de tout ranger, je descendais longuement mon Simba. J’avais besoin de me vider la tête.

Dehors, c’était « la fête des vélos » comme s’amuse à dire mon fils. Et de poursuivre « Le seul jour de l’année où il y a une fête des vélos et ça tombe tous les ans pendant Kippur, et nous, on peut prendre que la trottinette… »

Cette année ça sera CLOUM. (Rien)

J’avoue halluciner une fois dehors.

Sommes-nous toujours en plein confinement pour cause de pandémie ?

La ville semble s’être transformée en stade géant pour Jeux Olympiques de Kippur. Quelle étrange ironie ...

Quand on sait ce que les Lavanes (Grecs) ont joué comme rôle destructeur pour notre peuple, et combien ces jeux dits Olympiques sont l’antithèse de notre Torah.

Les enfants se sont donnés rendez-vous en bandes. C’est visiblement, l’heure du grand rassemblement. Chacun s’affaire à rejoindre son clan. Les voilà prêts qui démarrent à vive allure et prennent possession de l’asphalte. Bientôt, leurs petites lumières s’évanouissent à l’horizon. Les marathoniens de Kippur ont déjà entamé leur course. Ils sont accompagnés de leur famille au complet. Même le chien est de la partie, tranquillement assis dans le panier. D’autres se retrouvent sur le kikar pour discuter et courent derrière leurs jeunes enfants en mal d’équilibre sur leurs deux roues.

Chacun fait une pause pour sortir sa gourde et boire goulûment. Les familles ont rapporté des sucreries pour rendre leurs retrouvailles plus douces et conviviales.

Je commence à avoir la tête qui tourne tant il faut chaud. Je remonte, cajole mes loulous. Il est l’heure du Chéma HalaMita. D. et S. m’aident à compter les 12 répétitions de « David Amelech Israël Hayé vékayam. »

Je me réveille à 4h du matin, la bouche sèche. Je fais la nétila sur le bout des doigts et profite de ce réveil nocturne pour faire les Sélihot. Je finis à 5h45. Je suis loin des 30 min de mon mari. Je retourne vite me coucher, sinon la journée sera terriblement longue. Ce sont les chants de la téfila de Chaharite de mon fils et son père qui me tirent du lit. Je me joins à eux.

Dehors, une vingtaine d’hommes tout juste se sont regroupés pour prier. La communauté de Zamenhoff est là sur le Kikar Rabin, sous un soleil de plomb. Les prévisions annonçaient hier 34° à l’ombre. Autour d’eux, « la fête des vélos » rassemble les foules qui s’emparent de chaque centimètre carré de la place. Les prieurs leur semblent être transparents.

Des barrières bleues délimitent leur espace restreint de téfila. Avec Simba, nous nous approchons, suffisamment, pour voir qu’ils sont les seuls à porter un masque et respecter la distanciation sociale.

Je regrette qu’ils n’aient pas été installés sous les arbres, à l’ombre.

Le journée se déroule au rythme des prières, de la lecture de la Torah. Les enfants nous posent 300 000 questions. À chaque mot, nous avons le droit à une interrogation. Nous négocions un perek minimum dans le silence et ils pourront poser leurs questions.

Ils ont faim, plus que de coutume semble-t-il. De nous voir dans la restriction leur donne beaucoup d’appétit.

Du repos, des tehilims, du management en affaires infantiles, et des sorties avec Simba. Dehors, toujours le même ballet. Étrangement, je trouve que la chaleur s’intensifie à mesure que l’heure approche de la Néhila.

Il est 19h15, nous avons fini de prononcer les derniers mots sacrés, et nous attendons, assis près de la fenêtre, que nos amis de Manet finissent à leur tour et sonnent le chofar.

La table est dressée. Elle me rappelle celle de ma grand-mère rue de la Pompe, à Paris. J’ai sorti son service à thé anglais bleu qui me la rappelle. Elle n’est jamais bien loin de nous. Elle aimait trop sa grande famille pour ne pas venir souvent nous rendre tous visite.

Les enfants aiment rompre le jeûne avec nous. « C’est l’heure du petit déjeuner à l’heure du dîner » s’extasie ma fille.

Ça y est, il sonne.

Chacun se recueille une dernière fois.

Et nous nous souhaitons Shana Tova Oumetouka, puisse-t-on être inscrits dans le Livre de la Vie en bonne santé, … , pour le reste c’est un secret avec Hachem.

Ce matin, j’ai encore la bouche toute sucrée de la veille. D. court après Simba. Mais il n’oublie pas de me confier au passage que « quand même j’ai encore super mal ».

Je vous embrasse fort et espère que vous avez été illuminés par les étincelles divines. 🙏🙏🙏

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