Le seguer, cette expérience de vie acrobatique qui met nos nerfs à dure épreuve

© Jordan Matter

En ce moment, mon quotidien exige de moi de me surpasser pour arriver à me mettre dans ce genre de position acrobatique avec élégance, grâce et naturel.

Comme si c’était spontané et simple de se contorsionner pour regarder les choses sous un nouvel angle…

Sauf que, vous vous en doutez bien, j’arrive à peine actuellement à m’assoir sur le muret pour penchez la tête, tant le vertige me submerge très rapidement.

Au diable la métaphore, je patoge complètement. Je suis moralement épuisée et ne sais même plus comment orchestrer le ballet des zooms, shiourim par téléphone, devoirs, boulot, animaux, maison clean, 15 repas par jour (mais qu’ils ont faim), courses, et avancer sur les projets, jongler avec les rdv (tipoulim et médecins), accorder un temps détente d’atelier peinture et ne surtout pas empiéter sur l’heure sacrée du parc de 16h à 19h.

Le rythme est soutenu et on n’en voit plus la fin. Nous n’avons aucune visibilité sur une éventuelle date de reprise. Des rumeurs circulent sur plusieurs possibilités qui ont de quoi nous donner le vertige pour le coup. Alors, on essaye de ne pas y penser et d’avancer comme on peut.

Mais je culpabilise. Mon fils reçoit chaque jour par mail ou WhatsApp des dapim avec cheellot (feuillets avec questions) en Torah, Michna et Halakhot. Je n’ai pas d’imprimante. Mon fils ne veut pas recopier les feuillets en entier. Même le chantage ne marche plus. Il préfère rester enfermé dans sa chambre toute la semaine plutôt que de recopier ces foutus dapim, michkin. Il se sent accablé par tant de devoirs. D’autant qu’il me manque des livres que le libraire de Bnei-Brak n’avait plus en stock avant le seguer. La situation m’échappe et le temps passe. Et on voudrait seulement appuyer sur le bouton STOP !!!

Quand on se met aux math, je lui explique la méthode israélienne de son livre qui ne lui semble pas logique. Pourtant, elle est intelligente, différente de la nôtre certes, mais pertinente. Depuis 2 jours, je m’évertue à lui expliquer un point spécifique. Mais ce matin, mon mari a pris 2 min pour lui expliquer la méthode française, et tout est devenu clair. Il a fait ses 6 pages d’exercices sans fautes. Oui, le principal étant qu’il y parvienne. Oui, je suis fière de lui. Mais l’école exige que l’élève présente son opération selon la méthode énoncée.

Il me semble qu’en période de seguer, notre immigration est plus lourde à porter que d’ordinaire. On se retrouve seuls face à nos difficultés liées à la langue, la mentalité, la culture et la logique israélienne. Déjà qu’il peut nous arriver de nous inquiéter pour l’éducation de nos enfants, mais en ce moment, je serais plus tenter de parler de panique. Par quel bout doit-on les prendre ?

On se dit que la priorité absolue va au calme afin que la sérénité règne dans notre foyer. Ensuite, on essaye d’évaluer les tâches primordiales en sachant que certaines devront être reportées. Et pourtant, on sait que si on ne mène pas tout de front, on tombe rapidement dans un balagan qui nous affecte.

Les outils, on les connait par cœur : l’emploi du temps colorié, garder le sourire, se balader, garder le sourire, partager du temps qualitatif avec eux…garder le sourire, gérer leur engueulades permanentes et intempestives, respecter le rythme atypique de chacun, garder le sourire, faire plaisir même quand on n’en a pas envie, garder le sourire, continuer à les éduquer malgré une saturation évidente…garder le sourire, lâcher prise parce que tout le reste ne peut être accompli une fois la nuit tombée et que somme toute, nous ne sommes pas des pieuvres aux multiples tentacules capables d’effectuer une dizaine d’actions en simultané.

Malgré tout, on ne succombera pas au burn out. Ah ça non ! Donc on compose. Mais, les WhatsApp des écoles s’affichent en permanence sur mon téléphone et me rappellent souvent que je suis à la bourre, que les autres mamans y arrivent parfaitement, même les françaises.

Ça me renvoie une bien vilaine image de moi-même. L’idée même que l’école puisse nous prendre pour des cas sociaux me touche plus que je ne saurais le dire. Je n’avais pas imaginé faire mon Alyah à ce prix. Et pourtant, il nous faut passer par là.

Je relativise, j’essaye de nourrir mes enfants par d’autres voies. Mais le bras de fer demeure une étape incontournable dès qu’il s’agit de rendre des comptes à leurs professeurs.

Quand j’ai découvert cette photo de Jordan Matter, j’y ai tout de suite vu le miroir de l’objectif que la situation m’impose à atteindre. Telle a été ma croyance sur le moment.

Il est évident que nous nous en sortons mieux qu’au début et, que sans même nous en rendre compte, nous progressons. Mais sur le chemin, les enfants fatiguent les premiers. L’inquiétude les gagne. Ils voudraient vivre de nouveau naturellement. On discute beaucoup, essayant d’éclaircir l’horizon.

Je sais qu’avec un peu (ok beaucoup) d’exercice, je vais m’assouplir et m’habituer au vertige de la vue plongeante. Bientôt, je pourrais aussi regarder l’horizon fixement sans trembler (ni vomir). Je ne serai pas aussi gracieuse et agile que cette merveilleuse danseuse et athlète, mais je compte bien aspirer à lui ressembler. Telle sera dorénavant ma croyance avec l’aide d’Hachem. Je vais quand même beaucoup prier pour recevoir de l’aide bezhatachem. Et soigner mon sommeil…

Et vous, comment se passe ce seguer avec les enfants ?

Bessorot Tovot mes 🧡

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