Rehov Soutine et les leçons de la vie

Voici le Pola pris par ma fille et retrouvé dans une trousse de ma fille.

Les soeurs Taieb en Israël. Suis émue de découvrir une photo que je ne connaissais pas, prise à la volée, alors qu’on se raconte nos petits potins fumant une clope, notre excuse pour se voler une pause furtive. Juste le temps de souffler, et de nous demander comment l’une et l’autre va… Comme ça, vite-fait, accoudées à la rambarde.

Cet appartement de la Rehov Soutine était magnifique. Je l’adorais, et ce, malgré son état et les inondations dans les chambres les jours de pluie.

Nous étions nichés au milieu des arbres, au dernier étage avec une clarté éblouissante ; et comme j’adore les rideaux, c’était l’excuse rêvée pour demander à mon époux de me les accrocher (il bricole bien, mais alors il déteste ça, c’est vraiment ravallllll -dommage-)

Nous avons eu beaucoup de moments de joie, de rassemblements familiaux et amicaux, mais aussi, et non des moindres, nous avons tous failli y passer… Sans blague !

Je sais pas si c’est parce que nous étions à 200 m de l’hôpital Ihilov, mais tous les drames atomiques ont eu lieu dans cet appartement.

Et j’ai souvent remercié le Ciel d’avoir habité si près de nos Sauveurs, surtout concernant mon cas … Le chirurgien du myoun (les urgences) aurait dit à mon mari qu’à trois minutes près, il n’avait plus de femme. Trois petites minutes, vous rendez-vous compte ?? Merci Rehov Soutine, merci Hachem.

Ensuite, ce fut le tour de ma fille adorée. Un matin, sans prévenir, elle s’effondre inconsciente en crise d’épilepsie généralisée. Savez-vous à quoi ça ressemble en vrai ? Un film d’horreur !

Bh, en moins de 30 min, nous étions pris en main au Dana Hospital (l’antenne des enfants d’Ihilov). Puis, seulement 2 mois s’écoulent avant que mon mari ne perde son travail (je ne bossais pas à cette époque, j’étais en convalescence et je m’occupais de ma fille) ; et que mon fils ne se retrouve en chambre stérile après une crise de tremblements à motsé Chabbat de Pessah. Monsieur avait englouti le saladier entier de pastèque à la synagogue ;  tout ça, mélangé à un petit coup de froid, et ça a donné un virus israélien qui a déséquilibré tout son système immunitaire. Le chef du service des urgences est quand même venu nous annoncer qu’on devait se préparer à ce que ça soit un cancer des reins. Oui, oui !!!  Rasvechalom !!!!! Après 15 jours de prises de sang et d’angoisse absolue, tout était revenu à la normale. Que s’était-il donc passé ? Viralé (virale). Le mot passe partout en Israël. Entre « zé viralé » et « prends un akamol » (l’équivalent du Doliprane), on se demande comment les gens survivent. Non, c’est moche de ma part de dire ça, parce que quand c’est grave, ce sont des héros. Et je l’ai vécu, vu pour le croire et vous le certifier. Mais si tu as juste un petit bobo, Beatslaha (bon courage).

Bref, après ce dernier épisode, la coupe était pleine et tout nos proches s’y sont mis de leurs recommandations et conseils :


– vous avez un Oeil sur votre famille !!!! Je pourrais écrire un roman sur le sujet, car je suis en colère. Je n’accepte plus cette instrumentalisation que l’on fait de ce pouvoir attribué à des médiocres. Oui, je crois au pouvoir de la parole créatrice, oui, je crois à celui du lachon ara, mais de là à parvenir à faire souffrir une famille entière….. Enfin si un homme avait un tel pouvoir, il gagnerait des guerres depuis son salon ??!! Si un homme avait un tel pouvoir, ne serait-il pas un Juste parmi les Justes ??!! Si vous rentrez dans le circuit des croyances liées à la sorcellerie (les marocains, vous n’avez pas bonne presse dans le domaine mes pauvres chéris), vous devenez une loque humaine qui ne peut plus bouger ni respirer sans faire appel à son gourou. Et puis, bonjour le budget pour se croire en sécurité.


– ce sont les tikounim (les épreuves renvoyées par nos vies passées pour nous faire grandir là où n’y étions pas parvenus), ein ma laasot (que faire). Il vous faut prier davantage... C’est d’ailleurs ce que le Rav Kanievsky avait recommandé à mon mari lors de sa visite avec notre fils. En effet, il n’y a jamais assez de téfila dans une maison.


prenez sur vous une semaine supplémentaire de nidha (pureté familiale) pour protéger votre foyer, nous avez conseillé un homme érudit en Cabale de Bersheva qui avait le mérite de ne pas se prétendre Rav. C’est lui qui nous avait confirmé un Oeil très puissant sur toute notre tribu. Il disait y avoir travaillé une semaine durant pour nous nettoyer, justement la semaine où mon  fils se trouvait en chambre stérile. Une amie chère à mon coeur avait pris l’initiative de le contacter pour nous aider, dans l’ombre. Que croire ? Avait-il sauvé notre fils ? Quand mon mari lui demanda plus tard s’il avait identifié d’où provenait l’Oeil, il avait répondu que Oui, que c’était désormais nettoyé. Mais, il ne pouvait nous révéler l’identité de la source. Ce serait faire du lachon ara, action interdite par la Torah. Sujet vaste et bien complexe. Toujours est-il que face à cet argument, nous étions échec et mat. Mais je connus une période de grande paranoïa (qui pouvait bien nous détestait autant et être aussi malveillant pour penser en mal de nous tous ?  Je finis par ranger tout ça au placard. Je n’aurais pas les réponses, et il était temps d’avancer et de se reconstruire. Pour revenir à son conseil de prendre une semaine supplémentaire de nidha, je dois vous avouer qu’au vue de la situation et dans le doute, on s’en fichait d’y renoncer. C’est pas comme si on avait le coeur à ça non plus.


– on vient de te faire la sauge dans tout l’appart, Yalla !!  J’étais pour, j’avoue ! On n’est pas toujours cohérent, surtout quand on est malheureux. Je sais en tout cas que la sauge a des propriétés antiseptiques qui enlevent les mauvaises odeurs, microbes etc. Alors si au passage, elle peut faire autre chose, Yalla !


– fais le Chéma et la Amida dans les chambres, charge-les d’énergie…surtout la chambre du fond très basse en énergie a cause des fuites d’eau. Ah ah ah, on a des amis singuliers de tous bords et je me retrouve un peu en chacun d’eux. Je crois à la force de la téfila prononcée à haute voix. Je les ai rechargées à bloc les chambres des enfants.


depuis que tu ne te couvres plus complètement la tête, tous les malheurs s’abattent sur ta maison. Ok, on ne me l’a pas dit directement, mais certaines allusions sont parfois plus maladroitement directes qu’une discussion franche et constructive. Et comme on nous dit souvent « ne jugez personne, vous ne savez pas ce par quoi il est passé, et ce, même si vous croyez la connaître » est sans doute le conseil juif le moins observé. J’étais heureuse la tête couverte. Il y a forcément une histoire compliquée derrière mon malaise face à la Mitsva. Alors un peu d’empathie et de respect de l’autre. Je chemine, à mon niveau, avec mes problématiques. Mais je regrette ce temps où je me couvrais la tête sereinement. C’était plus simple dans ma tête !

Après toute cette succession d’épreuves, un peu, beaucoup de joie nous submergea avec le mariage de ma petite sœur adorée : une bénédiction.

Tous les Taieb Michel étaient enfin réunis (oui parce qu’ils sont 5 frères, donc on parle souvent des clans de chaque frère). On s’adore évidement, mais ne s’étant plus retrouvés depuis un siècle (divorce-remariage-chacun habitant à l’autre bout du globe…), ça a été un peu le balagan, mais nous étions heureux tout de même ; jusqu’à ce que notre grand frère, qui nous semblait anormalement « nerveux », finisse en réanimation pour cause d’infection à la Malaria (rassurez-vous, il ne l’a pas attrapée en Israël, mais il est arrivé à temps pour être sauvé). Il a passé une semaine entre la vie et la mort. Nous nous relayons à son chevet, car nous ne pouvions être plus d’une voire deux personnes au grand maximum auprès de lui. Les premiers jours, le docteur m’expliquait qu’il avait une forme de Malaria très sévère et que tous ses organes vitaux étaient lourdement atteints. Elle ne pouvait me dire s’il passerait la journée. Elle n’était pas optimiste et cash. Et je crus sentir un rideau de fer me tomber dessus.

J’ai lu le livre des Téhilims en entier. Je faisais toutes les combinaisons possibles, notamment celle de lire les Téhilims de chaque première lettre de son nom hébraïque dans l’ordre. Et en boucle, je lisais le Téhilims pour la Malaria. Incroyable, je n’avais jamais encore jusqu’à ce jour remarqué que plusieurs psaumes étaient destinés à la guérison de cette maladie. Baroukh Hachem, il s’en est sorti. Il s’est battu comme un lion. je n’ai jamais vu une personne avec une telle rage de vivre. Il ne croyait pas en la mort. Et elle s’en est allée.

Pendant ce temps, à 200 m à peine de là, ma maison était comble. Mes neveux étaient chouchoutés par mon mari et mes loulous, leur mamie, leur papy, leur tata, et leur maman qui avait débarquée en urgence du Portugal tant la situation était grave. Tout le monde, ensemble, en Israël pour lui. Malgré la situation dramatique, il y a eu des moments de joie, car personne ne voulait croire à la tragédie. Alors, nous avons avancé à ses côtés et 12 jours plus tard, il quittait Israël en bonne santé, enfin sauvé presque miraculeuseusement. Merci Ihilov, merci Israel, merci Hachem. Merci aussi la facture de l’hôpital pour un touriste, mais comme on dit, kapara !!!

Si je veux être tout à fait sincère avec vous, je dois ajouter que quelques semaines avant mon accident, ma mère et ma belle-soeur ont été opérées d’un cancer du sein à une semaine d’intervalle ; sans oublier ma petite sœur qui a vécu une ENORME épreuve pour toute sa famille. Elle séjourna quelques jours avec son adorable chouchou alors âgé de 2 ans à Soutine. Ces quelques jours demeurent gravés dans ma mémoire. D’ailleurs depuis, elle est devenue une héroïne, une femme dans toute sa Force et sa singularité, une épouse dévouée plus qu’aucune ketouba ne pourrait lui rendre honneur.

Alors, j’aurais pu détester cet appartement de la Rehov Soutine. Et pourtant, je vois les choses autrement. Je crois qu’Hachem nous a envoyé à Soutine pour pouvoir gérer toutes ses situations dramatiques. Soutine était peut-être un cadeau qui nous a rendu la vie plus simple à tous, et qui m’a littéralement sauvé la vie.

Je ne vous cache pas que je n’étais pas non plus fâchée de le quitter. La parnassa n’étant plus ce qu’elle était (mon mari a mis 8 mois à retrouver un emploi stable, honorable et bh à la hauteur de ses compétences), nous avons dû quitter notre grand Soutine et trouver un appartement plus petit, beaucoup moins cher ; et tout ça en quelques jours seulement. Et Hachem nous a encore aidé. Un miracle, grâce à un ami fabuleux de mon mari, un tsadik, le genre de personne que l’on ne rencontre qu’une fois dans sa vie. A ce miracle est venu s’ajouter un second. Un autre tsadik, un inconnu cette fois-ci. Il nous avait acheté un meuble de famille, une antiquité que j’ai dû brader au cours du déménagement. Et comme notre
situation continuait de se détériorer, et ce malgré la reprise d’une timide activité professionnelle de ma part, mon mari est retourné le voir pour lui vendre des bijoux. Il a refusé. A partir de ce jour, et jusqu’à ce que tout s’arrange pour nous, le Bijoutier nous a aidé autant qu’il a pu. Chaque vendredi matin, je recevais une généreuse enveloppe pour notre Chabat. Encore aujourd’hui, quand je le remercie, lui et sa femme lèvent les yeux au Ciel et disent que c’est seulement Hachem que je dois remercier. Bien d’autres bienfaiteurs anonymes et chers  à notre coeur nous ont permis de nous relever avec dignité. Merci à tous, amis fidèles et famille exceptionnelle.

Bien que je ne me revendique pas Breslev (je ne me range dans aucune case, je suis juive voilà tout), je dois bien reconnaître que chaque épreuve a donné lieu à un cadeau. On finit toujours par en comprendre les raisons. On ne vit rien par hasard. Certaines restent encore à être comprises, mais j’attends ce jour avec impatience. On appelle ça la Emouna (la croyance en Hachem et que tout nous vient de lui). Et si en plus, vous avez du Bita’hon (confiance inébranlable),  alors vous avez atteint un niveau de sérénité. Quoi qu’il m’arrive je conserve une Emouna sans faille. Mais certains moments, je fatigue et manque de Bita’hon. Je finis pas manquer d’optimisme et m’effondre parfois. Mais je me relève toujours avec vigueur.

Oui, la vie n’est pas linéaire en Israël et je dois bien avouer que parfois je rêve d’un quotidien où je me torderais moins les boyaux (je me suis traficotée une inflammation chronique à force, alors j’apprends à plus respirer), je ne vois pas où pourrait être ma place ailleurs.

C’est fou comme une seule photo a fait ressurgir tant de souvenirs en moi. Il était l’heure que je vous confie tout ceci semble-t-il, que je le verbalise tout du moins. Et nous sommes le dernier jour de Hannoucca, le huitième jour qui appartient au chiffre du surnaturel, du miracle, qui vient me rappeler que depuis que je vis ici, tout n’est que Miracle. 

Allez je vous embrasse bien fort et Chabbat CHALOM 💋💕

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